Comment, aujourd´hui encore, des psychiatres allemands détruisent les vies de leurs patients.

C’est fière de ses 140 ans de tradition que la Clinique de Soins Psychiatriques d’Ueckermünde, située au nord-est de l’Allemagne, se présente au public. Du temps de l’Allemagne nazie, elle prit part en son sein à l´extermination programmée d´enfants lourdement handicapés, dans le cadre de ce qui fut connu sous le nom de «T-4 Aktion». En 1993, le reportage d’Ernst Klee «Die Hölle von Ueckermünde-Psychiatrie im Osten» («L’Enfer d’Ueckermünde – Psychiatrie à l’Est ») fut à l´origine d’une vague d’indignation en Allemagne. Ce reportage, dans lequel Klee révélait les conditions inhumaines dans lesquelles les personnes lourdement handicapées vivaient dans cette clinique, eut à l´époque de sa diffusion un retentissement médiatique considérable. À la suite de ce reportage, tout aurait dû changer. En 1997, Christian Discher fut interné dans le Bâtiment 12 de la Clinique d’Ueckermünde, dans le service des soins psychiatriques intensifs. «Christian Discher témoigne de la façon dont il a été humilié au sein d´un atroce système fondé sur le pouvoir et l´arbitraire», écrit Ropers, philosophe spécialiste des langues et des religions, à propos du roman-journal intime de Discher «The Voices of Those Remaining». «J´étais en pleine crise d´adolescence et on aurait dû m´aider», explique Discher. «Après un séjour forcé de huit semaines, quand on m’a laissé quitter la clinique, j’étais lourdement handicapé». L´auteur raconte les violations massives des droits de la personne dont il a été victime au cours de son internement. L’administration forcée de médicaments psychotropes, les immobilisations injustifiées, l’isolation et les humiliations faisaient partie de son quotidien. Les injustices et les violations des droits se répètent encore de nos jours à Ueckermünde. Derrière ses portes closes, cette institution resta un lieu où le droit et la liberté de choix n´avaient pas leur place, un lieu où les patients ne pouvaient pas se défendre. À Ueckermünde, ce sont les mêmes médecins qui exercent toujours en 2016, sans jamais avoir été inquiétés pour leurs actes passés. Malgré les tentatives répétées de l’auteur pour attirer leur attention sur ces violations massives des droits de la personne, les politiques et le corps médical se murent dans le silence. «Faire la lumière sur les faits ne semble être souhaité par personne. Qui sait ce qui pourrait encore être mis au jour?», commente Discher. Tout ce qui reste, c’est le souvenir de ses amis, dont beaucoup sont à présent décédés, ou qui ont étés tellement marqués par les thérapies médicamenteuses qu’il ne leur est plus possible de se réintégrer socialement. Un livre remarquable, écrit par un homme qui a réussi à sortir de son mutisme pour témoigner des tortures qu’il a subies au sein du système de la psychiatrie allemande. «The Voices of Those Remaining» est disponible en format eBook.

Dr. Christian Discher

 

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